Le capitaine du Mavi Marmara raconte l’attaque sur la flottille

Mahmut Tural était le capitaine du Mavi Marmara, le navire brutalement attaqué par Israël le 31 mai.

Le capitaine du Mavi Marmara raconte l’attaque sur la flottille

16.06.2010 - Le capitaine du Mavi Marmara raconte l’attaque sur la flottille

Tural affirme que la marine israélienne ne les a pas avertis avant l'attaque. Constatant qu'ils ne pénètraient pas dans les eaux qu'Israël avait définies comme une zone réglementée, Tural affirme également: «Israël a essayé de nous faire passer pour les coupables en nous poussant dans leurs eaux territoriales. J'ai évité cela en modifiant notre itinéraire.» Il a aussi déclaré que le navire aurait pu être détourné vers le port d’Ashdod sans que personne ne soit blessé. Il a ajouté: « Il y aurait eu plusieurs façons de faire mais Israël a choisi d'utiliser la méthode ultime et 9 personnes ont été tuées.»

Tural a relaté l'incident en détail, parlant du raid et du lendemain. Nos questions et ses réponses sont les suivantes:

Comment cela a t-il commencé? Pourriez-vous nous parler de ce qui s'est passé?  

Les navires du convoi se sont retrouvés au sud de Chypre et ont pris la route à 16 h le 30 mai 2010. Les navires ont navigué ensemble comme un convoi. Notre premier contact avec la marine israélienne a eu lieu à 22h30. Ils ont demandé les détails d'enregistrement du navire, puis ils ont dit que l’accès pour la bande de Gaza était bloqué et nous ont demandé de changer notre itinéraire. Au moment de ces appels nous naviguions dans les eaux internationales, environ à 75 miles au large des côtes israéliennes, sur la route 222. Nous étions complètement hors des eaux territoriales israéliennes et nous dirigions vers le sud-ouest. Nous leur avons dit que nous étions dans les eaux internationales et qu’ils n'avaient aucun droit de nous demander de changer notre itinéraire.
 
AUCUN AVERTİSSEMENT AVANT L’ATTAQUE

Avez-vous pu voir les navires de guerre israéliens?

Les numéros des navires israéliens n'étaient pas en encore visibles, mais je pouvais deviner que c’étaient des navires de guerre militaires à partir des échos radar qui venaient de trois à quatre miles. Vers 23 heures 30, nous avons changé notre route pour la 185. Notre objectif était de naviguer 70 miles loin des eaux israéliennes. Nous ne sommes jamais entrés dans la zone qu'ils ont déclarée interdite. Les appels ont continué par intermittence de 22h30 h à 02h00. A partir de là nous n'avons pas plus reçu d'appels ou d'avertissements. Entre 2 h et 4 h, nous n'avons rien entendu. Ils ont tiré des hélicoptères sans aucun avertissement ni appel avant l’attaque.
 
L’ATTAQUE A EU LİEU DANS LES EAUX İNTERNATİONALES

Vous attendiez-vous à une attaque comme celle-ci de la part d'Israël?

Nous avions évalué toutes les possibilités avant d'entreprendre ce voyage, mais je ne m'attendais pas à ce qu’Israël mène une attaque de ce genre dans les eaux internationales. L'opération a débuté à 4h30 du matin, les bateaux zodiacs plein de soldats armés nous ont encerclés, ils ont commencé à descendre aussi de l’hélicoptère. Les soldats lançaient des grenades de gaz et ont ouvert le feu avant de monter sur le navire. Nous avons eu des pertes en raison des tirs venant de l’hélicoptère visant les passagers sur le pont, des civils non armés, et en raison de la brutalité des soldats qui sont montés à bord du navire. Tout comme celui qui serait soumis à des tirs réels, les passagers du navire ont essayé de se défendre.
 
Y a-t-il eu une résistance menée à bord du navire Mavi Marmara?

Leur justification de l'attaque disant «Nous avons tiré en réponse à la "résistance" est totalement fausse. Je recevais déjà des rapports de blessures à l'étage supérieur alors que l’abordage avait à peine débuté. Les armes de 3 soldats montés à bord ont été saisies par les passagers lors de l'attaque, mais ces armes n'ont jamais été utilisés par les passagers, elles ont été jetées à la mer. Les responsables israéliens n’ont revendiqué aucune blessure par armes à feu sur leurs soldats.
 
LES MİLİTAİRES ONT OUVERT LE FEU SUR NOUS

Quel type d'armes avait les soldats?

Les soldats israéliens avaient des armes de tir avec des balles en plastique, des pistolets de paintball modifiés pour utiliser des billes de verre, des armes à canons longs et courts avec des balles réelles. La plupart des blessures et des décès sont survenus lors de l'incident initial sur le pont supérieur, avant et pendant l'assaut durant lequel ils ont utilisé des balles réelles. Il a fallu 30 minutes aux soldats pour passer de l'étage supérieur au pont inférieur. À ce moment, ils tiraient sur le pont inférieur d'en haut. Ensuite, ils ont envahis le pont inférieur. Après, ils ont pris le contrôle du bateau, les soldats à bord des bateaux de type zodiac sont alors montés sur le navire.
 
Israël aurait-il pu dérouter le navire vers le port d’Ashdod en utilisant une autre méthode sans que personne ne soit blessé?

Si vous voulez intercepter un bateau civil il existe plusieurs façons de le faire. Débarquer sur le navire en tirant directement depuis le haut vers le pont ne peut pas s’expliquer seulement par l'intention d'intercepter le navire. Cela a été un acte délibéré. Après que l'opération ait commencé, nous avons changé notre itinéraire 270 (vers l'ouest) pour la route 185 et avons accéléré afin de nous éloigner des eaux israéliennes, parce que les frégates qui nous entouraient voulaient précisément nous obliger à nous rendre dans les eaux israéliennes en nous serrant à tribord du navire. Puis, nous avons essayé d'aller plus loin. Ils tiraient depuis l'arrière à travers les fenêtres de bâbord du pont, puis ils ont débarqué sur le pont. Il était impossible de résister contre 10 commandos avec des armes dans leurs mains. Quand ils ont abordé sur le pont, nous savions qu'il y avait déjà 4 martyrs et beaucoup de passagers blessés. Nous voulions alors éviter plus de victimes. Aucune résistance n’a eu lieu dans la cabine, c’était impossible de toute façon.
 
Comment vous ont traités les soldats après la capture?

Lorsque les soldats ont pris le contrôle, ils ont mis tout l'équipage sur le pont, les menottes aux poignets.En tant que capitaine du navire j'ai refusé de me coucher sur le sol et après discussion pendant un court moment ils m'ont fait asseoir sur une chaise et m'ont dit de ne pas bouger. Ils ne m'ont pas passé les menottes. D'abord, ils nous ont demandé d'arrêter les moteurs. Les soldats ne sont pas entrés à l'intérieur du navire jusqu'à ce que tous les ponts soient sous contrôle. Nous avons été en contact avec le pont inférieur grâce à un émetteur radio. Les passagers sur le pont inférieur ont demandé l'aide d'urgence pour des soins médicaux. Je l'ai dit à leur commandant à plusieurs reprises. Ils m'ont dit qu'aucune aide médicale ne serait fournie à moins que nous mettions les moteurs en marche et prenions la route 130 vers Ashdod. Toutes sortes d'équipements d'aide d'urgence étaient présents à bord de notre navire mais ils n'ont pas laissé nos médecins les utiliser pour soigner les blessés.
 
ILS ONT EXERCE DES PRESSİONS PSYCHOLOGİQUES EN UTİLİSANT DES HELİCOPTERES

Qu’avez- vous fait après?

Le tableau de contrôle du navire a été endommagé pendant l'arraisonnement. Nous prenions tout notre temps pour réparer pensant que de l'aide était en route puisque nous étions dans les eaux internationales. Pendant le processus de réparation j’ai demandé à voir les passagers blessés et le commandant de l'équipe israélienne m’a permis de descendre à l'étage inférieur, où étaient les blessés. Cependant, en descendant vers l'étage inférieur, les soldats m'ont demandé d'enlever mon uniforme. Ils m'ont alors menacé avec leurs fusils, m'ont menotté et m'ont emmené à l'endroit où les passagers étaient gardés prisonniers. Pendant tout ce temps les passagers avaient été maintenus menottés sur le pont ouvert. Les hélicoptères étaient toujours au-dessus du bateau et ils ont pulvérisé de l'eau froide sur nous volontairement. Ils nous ont gardés comme cela  pendant des heures juste pour exercer une torture psychologique. Puis l'un des moteurs a été remis en marche, ils m'ont alors ramené à la passerelle.
 
LE PORT D’ASHDOD ET LES İNTERROGATOİRES
 
Comment avez-vous été accueillis lors de votre arrivée en Israël?

Vers 20 heures 30 nous sommes entrés dans le port d’Ashdod. Comme nous avons atteint le rivage ils m’ont menotté et m'ont fait sortir du navire.Après un examen médical et la préparation de documents d'enregistrement j'ai été emmené à un autre endroit pour un interrogatoire. Comme j’ai été l'un des premiers à sortir du bateau, je ne dispose pas d'informations détaillées sur ce qui s'est passé après pour le reste des passagers. Avant d'être amené au centre de détention je suis resté dans un véhicule de transfert pendant 4-5 heures et puis ils m'ont emmené dans une cellule isolée. J'ai été détenu ainsi jusqu'à mon arrivée à l'aéroport pour retourner en Turquie, je n’ai vu que les officiers d'interrogatoire israéliens. Je ne sais même pas où j'ai été détenu au cours des interrogatoires.
 
DES CAMERAS CACHEES ONT ETE UTİLİSEES LORS DES İNTERROGATOİRES

Pendant les interrogatoires, ils ont essayé de trouver des excuses à l'acte brutal qu’ils ont effectué sous les yeux du monde entier. Ils ont essayé de trouver quelqu'un à blâmer, ils demandaient des noms en particulier. Il n’y avait pas de caméra vidéo dans la cellule d'interrogatoire, mais apparemment il y  avait des caméras cachées. Mon premier interrogatoire a eu lieu dans le port, puis j'ai été interrogé à plusieurs reprises dans le centre de détention, encore et toujours les mêmes questions posées. Tous les interrogatoires se sont déroulés en turc, seul le dernier était en anglais.
 
ILS N’ARRETAİENT PAS DE DEMANDER DES NOMS
 
Ils demandaient des noms?

Ils essayaient de trouver des gens de l’IHH à blâmer plutôt que de m'accuser. Ils ne cessaient de demander des noms, en particulier les noms de ceux qui ont organisé la flottille. Je leur ai dit que l’IHH n'était pas un groupe clandestin, qu’il s'agissait d'une organisation d'aide et qu'ils pouvaient obtenir de plus amples renseignements sur le site de la Fondation au lieu de m'interroger. Puis, ils ont changé de question et m’ont demandé s’il y avait des représailles prévues contre les soldats et les noms de ceux qui les prépareraient.
Leur dernière question a été de savoir qui avait préparé une résistance à bord avant l’attaque contre le navire. Ils ont demandé à plusieurs reprises. Ils m'ont dit que d’après les dires de certains passagers, les barres de fer auraient été coupées par des militants comme une préparation à la résistance contre les soldats israéliens. Ils ont demandé qui avait coupé ces barres de fer.
 
Comment avez-vous répondu à ces questions?

Je leur ai dit que mises à part certaines actions individuelles il n'y avait pas eu de préparation organisée pour la réception des soldats, et même les efforts individuels ont été empêchés par l'équipage et les organisateurs de la flottille. Je leur ai dit que j'avais envoyé le capitaine en second pour vérifier les passagers. J'ai également dit qu’après les avertissements reçus le personnel de l’IHH a été voir les passagers et a ramassé les barres de fer puis les a jeté à la mer. Ils ont aussi ramassé des pierres coupantes afin d'éviter toute action provocatrice à bord. D'ailleurs, quand les soldats israéliens sont arrivés sur le pont, ces pierres coupantes étaient là, sur le pont.
 
Israël a diffusé un film à partir de votre interrogatoire. Quel est d’après vous le but?

La vidéo des interrogatoires qu'Israël a donnée aux médias a été prise après avoir posé les mêmes questions, encore et encore, après plusieurs interrogatoires. Les réponses sont coupées et arrangées en fonction de leur version, la fin de la conversation a été coupée, ce qui pourrait conduire à des malentendus. S’ils difusaient la totalité de la vidéo de l'interrogatoire, la vérité éclaterait, c'est pourquoi ils ne font voir que quelques minutes du métrage. Ce faisant, ils essaient de tromper les gens.
 
Vous étiez le capitaine du bateau, avez-vous eu un désaccord avec les membres du personnel de l’IHH?

Certaines institutions israéliennes et des médias turcs ont essayé de faire passer l'idée que le capitaine et le personnel de l’IHH ne se sont pas très bien entendus, cependant, depuis le jour où nous avons commencé notre voyage à Istanbul, nous n'avons pas eu de désaccords ou de problèmes avec l’IHH. Nous avons échangé des idées, pris ensemble des décisions au sujet des passagers de ce qui s’est passé à bord et avons ensemble pris les précautions nécessaires pour créer un état d'harmonie sur le bateau. L’IHH a montré qu'ils sont tout aussi sensibles que l'équipage du navire quand il a fallu éviter toute provocation à bord.
 
RIEN NE JUSTİFİERA UNE TELLE BRUTALİTE

Maintenant, les médias israéliens et certains médias en Turquie tentent de trouver des moyens pour justifier la brutalité israélienne menée contre une flottille d'aide humanitaire dans les eaux internationales et ainsi minimiser l'incident, cependant, il n'existe aucun moyen et rien ne justifie une telle brutalité.



İHH İnsani Yardım Vakfı Bakanlar Kurulu kararıyla kamu yararına çalışan ve izin almadan yardım toplayabilen bir vakıftır.